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Timor-Leste: aux confins des océans

Posted by on 17 juin 2013

Ceci n’est pas une chrono logique partie 2

C’est donc un mardi, le second, que nous poussons la porte du PADI Centre Timor-Lorosae (Lorosae signifie littéralement « soleil levant » en Tétun, la langue la plus répandue au Timor-Leste ; par extension, Timor Lorosae est la traduction de Timor-Leste, en Tétun) pour visionner les vidéos des premiers chapitres de l’initiation à la plongée sous-marine. L’avons-nous vraiment poussée ? Je dirais plutôt qu’on nous l’a ouverte. Nous n’étions pas assez assurés pour entrer de nous-mêmes dans ce nouveau monde. Un nouvel univers. Un univers offert ! Nos témoins de mariage, non contents d’avoir passé des centaines d’heures en compositions de textes, répétitions, tournages et montages vidéo, nous offrent également toute la formation PADI Open Water et un caméscope pour immortaliser nos meilleurs moments.

Excités, évidemment, effrayés aussi, nous n’en menions pas large en serrant la main puissante de Luke, l’un des instructeurs de plongée du centre. Le weekend précédent avait confirmé que nous n’étions pas comme poissons dans l’eau. Ah, ce fameux premier weekend au Timor-Leste ! Une surprise. Jo et Elise nous avaient réservé une surprise. Leur welcome pack, comme ils disaient. Comme si leurs sourires, leur porte grande ouverte, leur chambre d’amis customisée, leur frigo plein de bières, leur réserve de « café pour Chris » ne suffisaient pas. Nous ne devions rien en savoir avant le départ, le vendredi. Nous avons su.

Jo et Elise nous invitent tout le weekend à Ataouro, l’île qui dessine si joliment l’horizon de la baie de Dili. Au programme : trois heures de vedette pour rejoindre le Nord-Ouest de l’île puis deux jours de plongée, snorkelling, relâche, courtes balades, agréables soirées, bons repas, le tout dans un environnement évoquant la série Lost. Dépaysement assuré. Faute d’être resté une surprise, c’était pour le moins un inestimable cadeau. Et de manière plus inattendue, un beau challenge aussi !

La palanquée se compose principalement de plongeurs chevronnés, sinon d’excellents nageurs. Sur les 19 coreligionnaires de ce pèlerinage des grands fonds, si l’on devait composer des groupes d’aptitude en mer, nous formerions sans doute un beau trio avec notre ami Adrien, quoique ce dernier semble plus à l’aise que moi pour faire la planche. En se rappelant au passage que notre PADI commence deux jours plus tard, il est plus que temps de se jeter à l’eau. Non sans une certaine appréhension, nous avons donc chaussé chaussons et palmes, enfilé un masque, embouché un tuba. S’en sont suivis des moments de panique, des tubas noyés, des palmes déchaussées puis indéchaussables, des narines inondées, des masques embués, perlés, inondés, vidés, nettoyés, emportés, récupérés, désembués, renfilés, la lanière de travers, la tête à l’envers, dans l’eau, en surface, la tasse, la planche, … Ah, la planche ! On respire. On contrôle la tachycardie, c’est peu de l’écrire, on ne contrôle pas grand chose, en fait, mais on se calme. On avait peur du soleil sur la terre ferme, qu’il nous brûle seulement, maintenant ! Vive la planche.

Et puis ?

Et puis, il a bien fallu se retourner. La crêpe n’était cuite que d’un côté !

Et alors ?

Et alors, ce fut inexplicable. Comme renversés dans une autre vie, nous avons écarquillé les yeux. Nous avons voulu les frotter, pour être sûrs de bien voir, mais le masque nous a forcé à se pincer. Aïe, c’est bien réel ! Des coraux de toutes les couleurs, des poissons aux noms inconnus. Le calme, par dessus tout. Finalement, c’est le risque de déshydratation qui nous ramène sur le rivage, sonnés.

Dans notre campement, nous retrouvons les huit Australasiens et Isa, la Portugaise, Julie, la jeune Française et enfin, les amis franco-basques de Jo et Elise, Corinne, Cédric, et leurs enfants, Raphaël et Gabrielle. Isa, moins de 30 ans, ancienne internationale de rugby, ingénieure civile, travaille à Oecussi, l’enclave timoraise dans le Timor Occidental, dans le développement de l’énergie hydraulique, si ce n’est dans l’irrigation ou quelque matière scientifique relative à l’or bleu. Julie travaille pour sa part avec sa sœur dans la seule boîte de com du pays. A deux, elles cogèrent cette startup, bien aidées par Corinne, bienvenue en renfort.

Nous découvrons donc aussi pour la première fois l’une des familles les plus proches de Jo et Elise. Corinne a du tempérament. Cédric a la raison. Gabrielle a 4 ans ? Et Raphaël, lui, a raison ! Premières impressions d’un très hétéroclite cocon qui nous guidera une semaine plus tard sur les routes escarpées de la côte à l’Ouest de Dili, nous faisant visiter des salines de boue en bord de mangrove, une ancienne prison « avec vue », la très coloniale localité de Liquiça, et le surprenant Fort de Maubara.

Quelques jours plus tard, nous les retrouverons à la soirée des Francophones, avant qu’ils ne nous invitent chez eux pour une excellente soirée « pizzas dans tous ses états ». Mais pour l’instant, nous initions Raphaël aux arcanes de Carcassonne.

Le weekend de bienvenue s’écoule ainsi, paisiblement, lentement parfois, toujours calmement, comme si la Terre s’était arrêtée de tourner. Une illusion bien sûr. Heureusement, les couchers de soleil époustouflants nous ramènent à la raison, nous rappelant que l’incroyable se distingue tout de même de l’impossible.

En rentrant chez Jo et Elise à pied du centre de plongée, à travers le dédale poussiéreux des rues en terre qui relient leur camphound au front de mer, nous tentons de résumer les trois chapitres de vidéo que nous venons de nous farcir. En quelques mots : ce n’est pas gagné !

En déjeunant à la maison, nous dépressurisons avec Jo et Elise qui dédramatisent la théorie avec humour. Quelques jours passent. Finalement nous nous résolvons donc à découvrir les dernières parties audio-visuelles. On enchaîne le lendemain avec les exercices en piscine. Nous avons une chance inouïe. Nous avons droit à un cours privé, avec une instructrice francophone. On est loin des leçons express pour 10 à 12 élèves données en Thaïlande où pour le prix imbattable de 250 euros, on vous promet d’être certifié en 3 jours. Une promesse tenue pour les sirènes et les tritons, mais pas pour les quarante pour cent d’autres apprentis qui se retrouvent recalés avec des cours supplémentaires. Ici, rien de tout cela. On va recevoir une formation cinq étoiles. En découvrant les mille tentacules du BCD, lisez gilet de plongée, sur le bord de la piscine, on mesure pleinement la valeur de recevoir l’enseignement dans sa propre langue et de pouvoir prendre tout son temps pour que l’information arrive au cerveau. Stéphanie, notre instructrice, va tout mettre en œuvre pour qu’on ait un souvenir inoubliable de notre formation. Les exercices en piscine prennent généralement deux heures. Nous commençons à 9 heures. A midi, nous n’en avons pas encore terminé. Qu’à cela ne tienne, Stéphanie nous propose de revenir à 14 heures. Nous finissons deux heures plus tard. Quel service ! Quel luxe ! Nous sommes fins prêts pour notre première plongée en mer.

La nuit qui précède notre premier saut dans les profondeurs marines n’est pas de tout repos. Insomnies et cauchemars rythment les heures qui s’égrènent, qui se traînent. Au réveil, on vainc les moutons noirs et on positive. Un peu de lâcher prise, que diable ! On ne peut être mieux préparés.

En se présentant au centre, notre matériel nous attend, rangé méticuleusement dans des sacs bleus du géant suédois de l’ameublement. Un gilet pour costume, un masque pour cacher les cernes, un tuba pour la musique, des chaussons sans pomme, des palmes sans sucre, et une bouteille à consommer avec sagesse. C’est fou ce qu’on peut mettre dans ces sacs tressés. A Bruxelles, la lessive de deux semaines, le quart d’un stand de brocante. A Dili, les portes d’un nouveau monde, clenche, charnières et chambranle inclus.

Notre conducteur nous dépose sur le pas de la porte : la plage de Dili Rock East. Notre premier passage vers la vie d’amphibien se fait donc à pied, du rivage, et non du rebord d’un bateau qui oblige une périlleuse entrée dans l’eau en se jetant en arrière, les mains sur le masque et le tuba. Nous avançons donc en mode primate. Des primates surlestés, mais des primates tout de même. De jeunes enfants nus comme des crabes dévisagent les bernard-l’hermite géants qui s’immergent. Choc des cultures, choc de primates.

De l’eau par-dessus le bassin, nous nous transformons en palmipèdes, maladroitement, un pied en l’air, la bouteille vaguement portée par Archimède, les deux mains tentant l’union de la palme et du chausson. Une palme. L’autre ensuite. Nous palmons vers le large puis disparaissons sous les flots, sous les regards incrédules quoique habitués de la marmaille locale.

Qui dit cours privé, dit leçon à la carte. Ou mieux encore, formation personnalisée. Steph a une batterie d’exercices à nous faire passer à douze mètres de profondeur mais elle choisit d’aller d’abord à la rencontre des occupants des lieux, des milliers de spécimens à branchies, et à la découverte de leur surréaliste environnement.

Comment Levis n’a-t-il pas encore été condamné pour avoir déversé aléatoirement toute leur palette de peinture dans les territoriales timoraises. Nous avions été surpris par l’éventail de couleurs des coraux à Atauro. L’émerveillement se répète ici. La magie opère. Nous en oublions que nous sommes en train de plonger. La peur s’est dissoute.

En fin de séance, nous reproduisons les opérations que nous avions apprises en piscine. Le tour est joué !

De retour au PADI centre, Steph nous consacre encore une bonne heure à parcourir le livre qui répertorie la faune locale. Elle souhaite que nous puissions au plus vite identifier nos nouveaux amis à nageoires et leurs voisins unibranches, étoiles de mer, et autres espèces aquatiques. « Connaître », parent proche de « respecter ». Belle école.

Seconde aire de jeu : Backside Beach. Seconde d’errements. Minutes d’égarements. Dégâts des eaux. Le masque est plein. Plein d’incertitude. La récréation a été trop longue. Une bonne leçon ! Dix jours après une bonne leçon. Que de vagues ont effacé nos premiers pas encourageants à Dili Rock East. Cette deuxième immersion n’est pas une partie de plaisir. Mais pas de panique. Steph immerge les craintes, les étouffe, écoute les « mais pourquoi ? » si difficiles à crier sous l’eau. La communication est rétablie à la surface. Un « parce que tu le vaux bien ! » littéralement verbalisé suffit à remettre les idées en place. Le maître et l’élève redescendent ; le profondimètre remonte. Le trio est reformé. On se détend. On souffle. Dans le détendeur. Inspire.

Que la grande aiguille de la montre aura traîné à faire le tour du cadran. Que la petite aiguille de la jauge d’air aura mis du temps à atteindre les cinquante bars. Un dernier palier. Cinq mètres, trois minutes. Le contraire ? La surface. De l’air. Enfin humide. On rejoint Backside Beach, la plage que cache astucieusement la colline du Cristo Rei. On lève les yeux au ciel. L’imposante statue du Christ nous tourne le dos, tendant les bras vers la baie de Dili. Le calvaire est fini. On le montera à pied quelques jours plus tard. Un chemin de croix sur la terre ferme, moins stressant que celui vécu sous eau. Une promenade dominicale entre amis, deux jours avant de quitter le pays, histoire d’immortaliser une dernière fois en pixels le très photogénique bord de mer de la capitale. La première tentative de passage en revue des quatorze étapes de la crucifixion du Christ avait été avortée, – un païen outrage ! -, pour raison climatique quelques semaines plus tôt. Mais en ce jour du Seigneur, nous cheminons pieusement jusqu’au sommet.

Moins de quarante-huit heures avant de changer de cap, beaucoup d’images se bousculent dans mon esprit.

L’ascension vers Cristo Rei avait été la première photo découverte du Timor-Leste. Dans la première newsletter timoraise de Jo et Elise.

Des images.

La longue langue de sable au loin, où Jo et moi avons couru le lendemain de notre arrivée. Atauro qui dessine toujours aussi bien l’horizon. Caz bar, en contrebas, nos premiers pas dans le sable, un verre à la main. Cordi, qui nous aura offert de découvrir les plus beaux atours de l’île, Walu (voir Timor-Leste : aux confins de l’Orient) et Ramelau (voir Timor-Leste : aux confins de l’épuisement) en tête, et qui supporte à présent stoïquement la chaleur qui monte dans son habitacle sur le parking de Cristo Rei.

Des images. Des souvenirs.

Des sensations. Bercer Adrien pour qu’il s’endorme lors du « baby shower » organisé par un des collègues timorais de Jo. Dégonfler son gilet pour la première fois en pleine mer et se laisser submerger.

Des émotions. Devant un nouveau père.

De l’émotion. Devant la bêtise terrifiante des hommes, richement illustrée au musée de la résistance.

Des fous rires. A s’étouffer, en skypant à six avec Moun et Eug.

Des sentiments. Beaucoup de sentiments.

En quittant le point de vue le plus couru de l’île, nous entrapercevons Backside Beach à travers la végétation, sur notre gauche. Le lendemain de notre plongée hasardeuse, nous avions enchaîné avec les deux dernières séances de la formation. Une première à nouveau à Dili Rock East. Puis à Tasi Tolu dans la foulée. Les problèmes de flottabilité neutre n’étaient déjà plus qu’un mauvais souvenir. Steph nous félicite pour notre maîtrise. Apparemment bien au-dessus de la moyenne. A l’image de l’instructrice.

Nous rentrons au centre pour passer l’examen théorique. Brillamment. Nous sommes certifiés plongeurs PADI Open Water. Merci les témoins.

Le soir même, le centre organise une plongée de nuit suivie d’un barbecue à une quarantaine de kilomètres de Dili. Une merveilleuse manière de ponctuer cette journée passionnante. Jo et moi nous y inscrivons. Une excellente occasion de passer « enfin » une soirée à deux. Les filles approuvant pleinement cette potentielle soirée à trois, avec Adrien.

Mais finalement, je n’aurai pas droit à une troisième sortie en mer le jour de ma certification. La camionnette qui emmène la moitié de l’expédition tombe en rade après une dizaine de bornes. Jeannot, le père de Steph qui a atterri la veille après un interminable trajet Haute-Savoie – Dili, bidouille sous le capot. Ses efforts sont récompensés ; on repart. Cinq kilomètres plus loin. Rebelote. Mais cette fois, c’est rédhibitoire. Impossible de poursuivre. Luke, l’instructeur mis au repos après avoir contracté la dengue est rappelé en renfort. Son arrivée spectaculaire en accrochant le flanc droit de la voiture immobilisée, faisant voler en éclat le rétroviseur au passage, confirme que le destin avait d’autres plans pour nous ce soir-là. On rebrousse chemin.

Du coup, le barbecue est servi à l’école de plongée. On se régale, copieusement. Le patron australien, embarrassé, nous rembourse le tout. « Was not what you’d expect’d. ’t was not what you’d dreamt of.» L’excellente et gargantuesque  ripaille de viande et salade est offerte par la maison. Les bières sont fraîches. Un geste, commercial certes, un geste exemplaire surtout. On apprécie. Une fois de plus. Puisque le PADI centre Timor-Lorosae nous aura initié aux arcanes de la plongée, nous permettant d’étendre nos horizons aux confins des océans.


 

 

 

One Response to Timor-Leste: aux confins des océans

  1. classe de Nathalie

    cher chris chère Marie Belle,

    On a regardé votre blog. L ecole est finie dans 30 minutes… C’est bientot les vacances!
    Vos photos sont tres belles, on a envie de partir dans les pays que vous avez visités. Quand on voit les photos de la mer et des piscines on a eu envie de nager. Quand on voit les animaux on se dit que vous avez de la chance. Quand on voit les beaux batiments on a envie de les voir de nos propres yeux.

    Please revenez entier.

    Nous tous (bientot en 5ème année et Nathalie en 6ème)

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