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Timor-Leste: aux confins de l’épuisement

Posted by on 9 juillet 2013

Ceci n’est pas une chrono logique partie 3

La lourde porte de l’avion se referme. Dans une heure et dix minutes, nous atterrissons à Dili. Nos sacs ont été remplis avec beaucoup de précaution, aux cent grammes près, pour ne pas dépasser les limites imposées par Air North. Je nous ai facilité la tâche en oubliant l’ordinateur et son chargeur dans un restaurant du centre de Darwin.

Une absence. Un trou. De fatigue. Depuis Santiago, je traîne un mal peu courant, comme un boulet. Debout ou assis, tout va bien. Mais dès que je me couche, une douleur se répand progressivement dans le dos. Après trois heures de sommeil, cela devient insupportable. Ces quarante dernières nuits, j’ai été mis à l’épreuve, me reposant assis faute de pouvoir m’endormir debout.

Le dernier backup date de Nouvelle-Zélande. Nous venons donc de perdre toutes nos photos d’Australie, quelques textes enregistrés mais non publiés et notre outil de rédaction. L’ultime chance que vous puissiez nous lire aujourd’hui porte un nom : Danielle Walter. Cette habitante de Darwin a perçu mon désarroi face aux portes closes du restaurant. Elle nous a promis de récupérer notre précieux laptop le lendemain et de tout faire pour nous l’envoyer au Timor. Nous devons lui faire confiance.

La nuit tourmentée passée croqué en deux sur un siège de l’aéroport n’a fait qu’empirer mon état. En embrassant Jo, j’ai des airs de fils prodigue en quête de repos après avoir dilapidé toute sa fortune.

Notre première semaine à Dili se résume à une longue cure de détente et de sommeil. Chaque nuit, mon dos m’offre de plus longues heures de repos.

Deux semaines passent.

Jo a bichonné son Great Wall orange. Pour le tout-terrain de l’Empire du Milieu, c’est l’heure du baptême du feu. Une première chevauchée sur les routes très secondaires du centre du pays pour atteindre Hatu Builico, le village qui sert de camp de base pour l’ascension du Ramelau, le sommet du pays. Certains nous ont conseillé de louer un véhicule avec chauffeur (225 USD par jour, essence incluse), d’autres nous ont encouragé à tenter l’aventure.

Après un peu d’hésitation, Jo décide qu’il faut tester son 4X4. Nous embrassons Elise et Adrien, et montons à bord de celle qu’on surnommera bientôt Cordi.

Avant même de quitter la capitale, la route s’élève et les nids de poule commencent. On serpente. Tous les cent virages, nous perdons un petit degré. Gagnons en altitude. La température se rafraîchit. Et la pluie s’invite au programme.

Elle nous avait laissés tranquilles depuis le gros orage de notre premier jour à Dili qui avait transformé les bureaux de la Casa Europa en pataugeoire et Jo en pompier balayeur d’eau. La veille de notre départ pour la montagne, elle avait déjà refait parler d’elle. Quelques gouttes, la timide annonce des trombes d’eau qui s’abattent à présent sur la carrosserie de notre véhicule. Les ornières ne mettent pas longtemps à s’emplir. Par endroits, de petites chutes d’eau s’écoulent du flanc de la montagne, traversent la chaussée perpendiculairement à la circulation et poursuivent leur inexorable descente vers des températures plus clémentes. Certains motards ont revêtu un poncho en plastique coloré. Les camions éclaboussent les bas-côtés et les véhicules qui les croisent. Sur certains tronçons, la route terreuse n’est plus visible, intégralement submergée. Jo navigue à vue, à quelques mètres. Nous atteignons enfin Maubisse, la station climatique prisée des anciens propriétaires portugais. Nous stationnons une Cordi lessivée dans le parking de la pousada, l’ancienne demeure du gouverneur, où nous projetons de dormir le lendemain. Mais pour l’heure, les estomacs sont creux. Maubisse n’est qu’une étape déjeuner.

Nous savons que le plus difficile est devant nous. Une dizaine de kilomètres après Maubisse, nous devons bifurquer vers Hatu Builico sur une piste défoncée de 17 kilomètres à flanc de colline qui attise les passions et suscite d’interminables débats parmi les expats de Dili.

Devons-nous emprunter ce trait ondulé dessiné maladroitement dans le paysage alors que le ciel nous inonde ? Est-il plus sage de rester à Maubisse et laisser passer l’orage ? Si oui, est-il raisonnable d’infliger à Jo une ascension avant l’aube le surlendemain et six heures de conduite jusqu’à Dili dans la foulée ? Doit-on tout bonnement faire une croix sur l’ascension ?

Le débat nous occupe pendant le déjeuner. Nous tranchons. Essayons de rallier Hatu Builico !

Sur la route étroite qui zèbre le flanc de la montagne, notre Great Wall orange danse la samba. Son arrière-train dandine de droite à gauche, de haut en bas, en rythme avec les roues qui pénètrent dans un trou, glissent dans un autre, s’arrachent d’un troisième. A l’intérieur, six yeux scrutent la meilleure trajectoire. On retient son souffle. Soudain, le brouillard. Epais. Jo manœuvre un demi-tour. La Nature a gagné.

Le lendemain matin, le soleil pointe le bout de son nez et on peut enfin admirer le panorama qu’offre le jardin de la Pousada de Maubisse. Dans la journée, nous parcourons les quelques bornes qui nous séparent de Hatu Builico. Le soleil fait de la résistance et nous fait découvrir des vallées verdoyantes, des villages hauts perchés et des montagnards fort accueillants. L’après-midi s’écoule au rythme des parties de Carcassonne et de la pluie qui obture le paysage.

A trois heures du matin, le réveil nous sonne. Groggy, on enfile un vêtement, puis l’autre. Machinalement. La nuit est d’encre lorsque nous passons la porte de notre pension. Nous avons un peu moins de quatre heures pour atteindre le sommet avant que le soleil ne perce l’horizon.

Dès les premiers pas, le plat appartient à la fiction. On monte. Inexorablement. Le faux plat du premier kilomètre laisse sa place à un chemin caillouteux plus raide. Après deux bornes, nous atteignons le point de départ officiel de l’ascension du mont Ramelau. Une arche nous apprend que nous entamons un pèlerinage à la Vierge. Nul temps d’y prêter attention. Nous empruntons l’escalier qui marque le début des mille mètres de dénivelé jusqu’au point culminant du Timor-Leste. Mille mètres. Plus de deux fois l’Empire State Building !

La fraicheur de la nuit ne résiste pas longtemps face à la chaleur qui monte sous nos T-shirts. Nous ôtons coupe-vents et polars.

Moment choisi pour une première pause. On souffle. Repart. Sue. On assimile quelques gorgées d’eau minérale. Deuxième pause.

Quelques minutes plus tard, on tente de reprendre quelques forces à coup de grandes bouchées de biscuits à la noix de coco.

On redémarre. Des petits pas. Souffler. Pas à pas. Respirer. Oxygéner les muscles à mesure que l’oxygène se raréfie.

Deux-mille cinq-cents mètres. Au-dessus de la mer, qu’on aperçoit au loin. Qu’on imagine plutôt. La nuit la recouvre encore.

Voilà trois heures qu’on n’a pas mis un pied plus bas que l’autre. S’accrocher. A la lune. Qui pâlit.

Un rai flamboyant flirte avec l’horizon.

On y est presque. On souffre. Ne pas craquer. On souffle. Des mantras. Main dans la main.

Jo prend les premiers clichés d’une journée sans fin.

Six lacets. Nos bottines nous aident à les nouer. Dernier virage. Comme une apparition. La Vierge. Au sommet.

Nous sommes trois-mille mètres au-dessus de l’océan. A un rien de l’épuisement. Le vent fouette Marie et ses pèlerins. Au loin, le soleil se lève, baille, s’étire sur l’horizon. Nous découvrons la côté tant au Nord qu’au Sud de l’île. A l’Est, la pointe du pays.

Furtif passage au sommet. Le froid pique au visage. Nous piquons vers le bas. Nous descendons au pas de course. Nous avons une demi-douzaine d’heures de route pour rejoindre Dili avant le crépuscule.

On monte en voiture. Jo pilote à la perfection sur ces routes que l’on commence à bien connaître. Son tout-terrain brave vaillamment tous les obstacles et dangers sur son passage.

Le Great Wall passe brillamment sa totémisation. C’est l’heure du baptême. Les candidats surnoms fusent. Des loufoques. Des importables. Des rationnels. Des abscons. Des imprononçables.

Et finalement, le jugement tombe. Ce sera Cordi. Simple contrition du type de plaque minéralogique qu’elle arbore fièrement. Et par extension, un gentil clin d’œil à Annie. Belge parmi les Belges.

One Response to Timor-Leste: aux confins de l’épuisement

  1. Laurence

    Rien qu’un mot: Waouwww!
    Plus 3 semaines et demi avant de vous retrouver, même si vous serez, à n’en pas douter, métamorphosés par les aventures extraordinaires vécues lors ce voyage de noce inimitable!
    Je vous embrasse

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