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San Jose de Chiquitos

Posted by on 10 février 2013

Jeremy Irons et Robert de Niro m’avaient bouleversé lors de la projection de « Mission » dans ma classe de troisième secondaire en 1995. Neuf ans plus tôt, le chef-d’œuvre de Roland Joffé avait même décroché la Palme d’or à Cannes. Il y a des films qui marquent les esprits. Celui-ci m’avait profondément touché.

« En 1609, à une époque où l’est de la Bolivie était encore un territoire mal connu, les Jésuites établirent un Etat religieux autonome au Paraguay. De là, ils se déployèrent pour étendre leurs missions aux régions voisines de l’Argentine, du Brésil et de la Bolivie, s’aventurant dans des contrées sauvages non explorées par les autres Européens.

Soucieux de cohabiter avec les nombreuses tribus autochtones, les jésuites établirent ce qu’ils considéraient comme une hiérarchie idéale : deux ou trois d’entre eux dirigeaient une colonie, ou reducción, à laquelle était affectée une unité militaire autonome. Cette force militaire improvisée, véritable théocratie autonome, fut un temps la plus forte et la mieux entrainée du continent, protégeant la région des Portugais installés au Brésil et des Espagnols à l’ouest. » Lonely Planet Bolivie, avril 2010

Mais l’influence de l’Eglise catholique et le pouvoir militaire des Empires ibériques eurent finalement le dernier mot. Les missions jésuites furent dissoutes en 1767 et les jésuites survivant furent expulsés et renvoyés en Europe.

La visite de toutes les missions jésuites boliviennes nécessite au moins 5 jours. Le temps nous manque. La passion pour les missions sans doute aussi. Nous devons faire un choix. Ce sera San José de Chiquitos.

Il n’est pas toujours facile de quitter un petit nid confortable avec piscine pour s’aventurer au beau milieu de la jungle dans une localité supposément balayée par la poussière et les moustiques, plombée par le soleil, et trempée par l’humidité. Au pas de course, nous rejoignons la gare ferroviaire de Santa Cruz, juste à temps pour sauter dans le train qui traverse le Gran Chiquitania et rejoint la frontière brésilienne. C’est parti pour 6 heures de trajet, bringuebalés dans un wagon quasi privé qu’un policier bedonnant au regard pervers nous a dégoté, espérant quelque compensation. Nous avions particulièrement apprécié la correction des Boliviens jusqu’ici. Nul n’avait essayé de nous soudoyer un pot-de-vin ou de nous surévaluer un ticket de transport. Les vilains petits canards sont rares dans la pataugeoire bolivienne, mais il est difficile de tous les noyer.

Aline avait craint comme la peste le demi-tour d’horloge sans ravitaillement. Nous nous étions donc empressés d’acheter quelques victuailles à la gare, manquant de peu de rater le train. Capucine soutenait également vigoureusement ces achats de denrées, craignant également les longues heures sans rien se mettre sous la dent. Inutile de préciser que nous appuyions aussi ces initiatives de précautions alimentaires. Dieu sait ce qu’on trouvera en route ! Mieux vaut prévenir que mourir, surtout de faim !

Le convoi s’est mis en branle depuis dix minutes à peine, nous n’avons pas encore atteint Cotoca dans la banlieue de Santa Cruz, l’enfilement de ferrailles ne semble pas encore complètement dérouillé et voilà déjà que les marchands de spécialités culinaires en tous genres défilent dans le wagon. La tension d’Aline redescend pour de bon : même un arrêt prolongé de plusieurs jours dans le train ne devrait pas poser de problème vu les quantités de cuisses de poulet, de brochettes de viande, de sticks de purée gratinés, d’empanadas de fromage,…

Les heures défilent donc plus vite que le paysage. Tout le monde déguste goulument les snacks qui passent et les filles dévorent leur livre voracement. Certaines lectures ne résistent pas au voyage et nous arrivons à San José de Chiquitos après que certaines ont refermé leur quatrième de couverture définitivement.

Dès notre arrivée, deux certitudes s’imposent : ce sera beau ; ce sera spartiate. Pour la première fois du voyage, nous créchons dans un hôtel (quel mensonge !) que nous ne conseillerions pas à notre pire ennemi. Franchement, je cherche encore un point positif à cet établissement de dernière zone pourtant recommandé par Lonely Planet. Nous avions été consternés par la clientèle de l’El Solario à La Paz, nous avions été surpris par la piscine sans eau à Pisco, nous avions souffert de la chambre sans fenêtre à Huaraz, mais jamais nous n’avions eu à nous plaindre du personnel en sus. Or à l’El Patriarca, tout était prévu pour que l’on passe une mauvaise nuit. Les néons du plafond clignotent plus qu’ils n’éclairent, rendant le lieu psychédélique. Les draps d’un autre temps maculés de taches peu avenantes couvrent une paillasse défoncée. Les cinq mètres carrés de la chambre constituent une merveilleuse plaine de jeux pour les bestioles les plus urbaines de la jungle. L’eau ne coule d’aucun robinet ni d’aucun pommeau de douche. Marie et Capucine ont le bonheur de découvrir une serviette hygiénique usagée comme seul élément de décoration de leur piaule. Le carreleur local renouvelle le revêtement de sol de la chambre voisine à partir de 5h du matin. Le bonheur ! Mais le comble de tout reste assurément la mauvaise fois de la gérante, trop heureuse d’avoir plumé 6 touristes à un prix qu’on apprendra surévalué pour l’occasion, et qui s’échinera à camper sur ses positions et à arguer des prétextes insensés tout en nous insultant copieusement, ne se privant pas d’arroser également les autres touristes boliviens de jurons bien choisis. A bon entendeur, salut !

Mais qu’à cela ne tienne, il faut bien plus pour nous gâcher le plaisir. D’autant que nous sommes toujours si bien entourés par nos baroudeuses préférées. Après le petit-déjeuner, vu la chaleur ambiante, nous décidons de troquer la montée vers le mirador pour une visite plus ombragée de l’église de San José et du musée attenant.

Très intéressés par l’histoire de ces missions, inscrites depuis 1991 (Tiens, tiens, 5 ans après la sortie du film) au Patrimoine mondiale de l’Humanité, nous visitons longuement chacune des salles de cet édifice qui forme tout un pâté de maisons. Pour une fois en Bolivie, les concepteurs du musée ne se sont pas limités à quelques encarts laconiques du style « Ceci est un tableau », « Ceci est un squelette » et des panneaux très circonstanciés illustrent chacun des éléments du musée.

Nous repassons finalement la grande porte d’entrée. La chaleur s’est encore amplifiée. Après d’infructueuses recherches pour trouver un taxi capable de tous nous emmener au point de vue qui surplombe la ville, nous nous résignons à se promener au hasard des rues.

Au détour d’un carrefour, nous apercevons un atelier de tissage installé dans un jardin. Toute une famille se transmet le savoir de génération en génération. Après de très pratiques démonstrations, les baroudeuses craquent pour quelques pièces dans le magasin familial pendant que je tâte le cuir avec les derniers rejetons de la lignée. A la sortie de l’atelier, j’apprends que les amis tisserands nous ont trouvé un chauffeur pour nous emmener voir le panorama. Quelle aubaine ! Le chauffeur, un membre de la famille, nous amène comme prévu admirer la vue au mirador que nous n’avions pas eu le courage d’atteindre à pied. La vue est exceptionnelle ; le décor soufflant. Ensuite, notre guide fait même du zèle, nous faisant découvrir la Valle de la Luna et le Parque Historico Santa Cruz la Vieja, situé sur le site originel de Santa Cruz de la Sierra. On y rencontre un chef de projet, son assistante et un archéologue. Il nous explique que le site est en réhabilitation et que le projet, qui va durer plusieurs années devrait déboucher sur l’ouverture d’un parc protégé où serait détaillée toute l’histoire de la région et l’influence de ce site originel sur le développement des environs. Nous quittons les artisans de ce beau projet autour de la statue de Nuflo de Chaves, fondateur de la ville de Santa Cruz, leur souhaitant bonne chance dans leurs fouilles et défrichages.

Il est temps de redescendre. Les estomacs se sont « recreusés » et nous les sustentons allègrement de pique macho, assurément l’une de nos spécialités boliviennes préférées.

Avant minuit, le train siffle trois fois. Morphée sera dur à rejoindre cette nuit malgré les ballotement latéraux du wagon qui tentent de nous bercer.

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