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Samaipata

Posted by on 18 février 2013

Santa Cruz Post, 6 janvier 2046

Morales est décédé.

L’ancien président bolivien Evo Morales est décédé hier matin à l’âge de 86 ans. Le premier chef d’Etat indigène du pays remplit trois mandats présidentiels consécutifs au début du siècle avant de se retirer de la vie politique.

Véritable icône de la cause sociale pour les uns, véritable escroc pour les autres, il ne laissait pour le moins personne indifférent.

Adulé par les populations indigènes à qui il octroya plus de droits, diabolisé par les populations citadines des plaines, il aura réussi a réduire considérablement les disparités économiques entre les régions mais n’aura malheureusement fait qu’accentuer les dissensions dans le pays.

Aujourd’hui les Andes pleurent leur héros; la région de Santa Cruz respire.

Santa Cruz étouffe.

Ces derniers temps, les vagues de chaleur qui frappent Santa Cruz se multiplient et s’amplifient. Aux 78 décès de la semaine dernière viennent s’ajouter des centaines d’hospitalisations….

Santa Cruz étouffe-t-elle? Sans doute pas encore. Mais tout porte à croire que ces brèves du Santa Cruz Daily puissent bel et bien paraître en 2046. Car pour nous, Santa Cruz étouffe déjà un peu. La chaleur humide de la jungle l’étrangle. Les émissions de carbone des pick-ups l’asphyxient. Le mode de vie occidental de ses habitants la fait suffoquer. Les Cruceños se damneraient pur un peu de fraîcheur mais ils semblent peu enclins aux privations et aux changements de comportement. Plutôt porter un mouchoir devant le visage lors des rares sorties hors des zones climatisées que vendre son Hummer ou le laisser au garage pour faire une course à 500 mètres de chez soi. Et si l’atmosphère spongieuse et caniculaire devient vraiment insupportable, les options ne manquent pas. A 7 km de Santa Cruz, le Biocentro Güembe est apprécié pour sa ferme de papillons, ses expositions d’orchidées et ses 10 piscines naturelles. A proximité de l’aéroport, le parc aquatique Aqualand permet également de se rafraîchir quelques heures.

Mais la destination en vogue pour quiconque souhaite échapper à la fournaise se nomme Samaipata qui signifie « repos dans les hauts plateaux » en quechua.

Envahie le week-end par les Cruceños en quête d’un peu d’oxygène, cette bourgade d’environ 12,000 habitants s’assoupit en semaine et retrouve une quiétude pour le moins apaisante.

Nous y déposons nos sacs à dos le 13 janvier. En 3h30 de trajet depuis Santa Cruz, nous avons gagné 1,200 mètres d’altitude (de 417 à 1650 mètres), perdu 15 degrés (de 37° C à 22°C) et sans doute réduit de moitié le taux d’humidité.

Nous sortons tout sourire du minivan. Nous sommes instantanément séduits par la beauté des lieux. Les rues pavées ou en terre battue transpirent une sérénité indescriptible. La place centrale, que bordent quelques établissements avec terrasse, offre des bancs aux badauds et de l’ombre aux passants. Le coup de foudre est immédiat, et à vrai dire un tantinet irrationnel, comme souvent pour les coups de coeur.

Nous nous installons à la Posada del Sol, un hôtel merveilleusement aménagé. Les propriétaires, Trent et Rosario, ont soigné les détails. Un bar s’ouvre sur une terrasse à l’avant. A l’arrière, un jardin très fleuri mène à des chambres très confortables. Dans la pelouse, des chaises longues attendent les corps fatigués et des bancs en bois offrent une vue sur les plantes et les parterres de fleurs. Adossée au bâtiment de la réception, la pergola permet aux visiteurs de s’attabler et constitue le lier de prédilection pour le petit déjeuner. Et quel petit-déjeuner! « Sans doute le meilleur de Bolivie » d’après Lonely Planet. Franchement, on ne démentira pas.

Le lendemain de notre arrivée, nous nous en régalons une première fois avant de prendre un taxi jusqu’au site archéologique « El Fuerte » qui occupe le sommet d’une colline, à environ 10 kilomètres de la ville. Nous compostons notre ticket d’entrée et filons à la première tour de guet entre les quelques gouttes que prédisait un ciel menaçant. Le panorama est saisissant, et éclairant. La veille, nous avions longuement conversé avec Frank  un guide allemand complètement déjanté, qui nous avait expliqué qu’El Fuerte se situait précisément à la point du « coude » des Andes. La cordillère forme un membre (je n’ose écrire un bras, de peur de me faire taxer d’illuminé) dont l’articulation est clairement localisée en Bolivie. En effet, l’extérieur de l’angle formé par cette articulation se trouve autour de Samaipata. Et cela rend le paysage saisissant car on peut distinctement observer la transition entre les hautes montagnes des Andes à la végétation clairsemée et les collines verdoyantes des plaines.

La deuxième plate-forme d’observation offre la meilleure vue sur la pièce principale du site, une dalle de pierre longue de cent mètres. Cette dernière est constituée de toute une panoplie de sculptures parmi lesquelles des sièges, des tables, un amphithéâtre, un garde-manger, des réservoirs, des canalisations et des niches qui auraient abrité des idoles. Par ailleurs, de nombreux motifs zoomorphiques démontrent que le site d’El Fuerte a été utilisé par les Incas et leurs prédécesseurs en tant que centre cérémoniel et non comme poste militaire défensif comme le pressentaient les Espagnols à leur arrivée (d’où le nom d’El Fuerte, le fort).

Nous achevons la visite de ce lieu inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1998 après 2 heures de balade. Si les explications sont, comme à l’accoutumée en Bolivie, souvent lacunaires, sinon laconiques, nous recommandons tout de même vivement le crochet par El Fuerte tant pour la part de mystère qu’il renferme encore que pour ces panoramas surprenants.

Au retour, nous discutons avec notre chauffeur de taxi. Cet homme cultivé d’une cinquantaine d’années est en fait l’un des professeurs de Samaipata. L’enseignement offrant plus de prestige qu’un bon salaire (environ 250 euros/mois en fin de carrière), il troque tous les jours ses craies de couleur à la sortie des classes pour sa clés de voiture et son changement de vitesse. A la tombée de la nuit, il retrouve son épouse, également enseignante, qui s’occupe des tâches ménagères après les cours. Sans pavaner, loin s’en faut, on sent qu’il est fier de son parcours. Il pourrait vivre sans conduire de taxi, mais il n’aurait sans doute pas pu envoyer ses trois enfants à l’université.

Il nous dépose devant notre petit jardin d’Eden. Nous n’avions pas encore inversé les pôles de l’aimant. De manière déchirante, nous avions réussi à se détacher des baroudeuses mais 24 heures plus tard, d’étranges champs magnétiques les ont envoyées derrière les murs de la Posada del Sol. Nous les retrouvons avec plaisir. Entre-temps, elles ont adopté un bel hollandais, Christian. Nous sommes donc 7. Nous retournons ensemble chez Frank, notre guide déjanté, réserver pour le lendemain un tour dans la région dite « Los Volcanes », à la lisière du parc national Amboro.

Le réveil est matinal, et nous avons tout de même le temps d’avaler le divin petit-déjeuner et de faire nos sandwiches pour midi avant l’arrivée de Frank et des deux autres touristes qui vont nous accompagner à travers jungle et par delà les rivières. Au programme: onze heures de tour, dont deux heures trente en jeep, six heures de marche et deux heures trente de pause.

Dès le début de la marche, la première impression se confirme: Frank a ce petit grain de folie qui lui permet de traverser la jungle et les rios en havaianas armé seulement d’une petite machette tout en ironisant sur les habitants multipattes des lieux. Mais cet ancien employé de banque n’est pas Allemand pour rien. Nous sommes très vite rassurés par son professionnalisme. Ses gestes sont précis, ses infos précieuses, son aide prisée. Nous sommes en de bonnes mains. La journée s’égrène au gré des chemins étroits en pleine jungle d’abord, puis au fil de l’eau, d’une pierre à l’autre, ou carrément les deux pieds dans le lit de la rivière. Une belle aventure!

Le soleil est déjà couché lorsque nous atteignons Samaipata. Revigorés par une divine douche royalement méritée, nous nous restaurons au Latina Cafe, le meilleur établissement de la ville. Nous nous délectons de cuisine française pour le prix d’un mauvais fast-food en Europe.

Nos deux derniers jours à Samaipata se résument à peu de choses près à un peu de repos et deux rencontres de Belges: Jan et Frederik.

2 Responses to Samaipata

  1. Bruno

    Héhéééy top ça!! Chouette récit!!
    Au plaisir de vous lire encore et suivre votre voyage!!

  2. nicole

    bravo pr vos reportages, vos photos et les magnidiques textes qui les accompagnent
    et j’ai aussidécouvert deux manifiques conteurs, qui mériteraient bien de voir publié
    leut magnifique carnet de voyage
    continuez…

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