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Labuan Bajo – Senguigui

Posted by on 10 juillet 2013

De tous temps, la mer a servi de route à l’exploration du plus grand archipel du monde. En quarante-huit heures, nous allons fouler le sol de cinq îles indonésiennes. Cinq gouttes dans un océan de dix-sept mille terres émergées, dont seulement (ou quand même) six mille sont habitées.

Nous embarquons juste avant le coucher du soleil dans le port de Labuan Bajo, à l’extrémité Est de Flores. Nous avons opté pour la compagnie Perama, largement plébiscitée dans les guides et blogs de voyageurs. Comme chambrée, nous partageons le pont avec cinq Français, un couple d’Allemands et un autre Belge tandis qu’un Javanais peu causant, un jeune Suisse de plus de soixante ans et un sixième membre de l’Hexagone occupent les trois cabines.

Après un excellent repas de plats en sauce, le staff nous gratifie d’une chorégraphie perfectible mais cocasse tout en entonnant, voire en scandant l’hymne à la gloire de Perama. En un coup, nous sommes projetés acteurs des « Bronzés en croisière » mais les applaudissements et hourras qui clôturent cette saynète tragicoloufoque mettent un point final à la tentative désespérée des membres de l’équipage de nous Peramiser.

Aux appels à danser javanaisement à l’unisson, nous répondons par quelques rasades de houblon. Nous aspirons à digérer tranquillement notre délicieuse ripaille. L’heure est aux échanges et aux rencontres. Synchroniser nos expériences de voyage plutôt que nos déhanchés et pas chassés.

La crew n’insiste pas et dépose les armes rapidement. Antoine le Palois, Anthony le Lorrain et Camille le Nordiste en profitent pour conquérir les platines. Les Scorpions et ABBA ont quitté la piste de danse. Place au rock alternatif, au rap français et aux super héros des années quatre-vingts. Nos amis indonésiens ne se dégonflent pas. Loin s’en faut. Nous ne pouvons laisser échapper un sourire en voyant trois stagiaires Perama rageusement pogoter sur Rage Against The Machine, s’incliner en saccades les bras en avant, les crocs dorés sortis devant la Benz de NTM ou se démantibuler joyeusement sur les accords désarticulants de l’Aventurier d’Indochine. Une ambiance de franche camaraderie aux airs décalés vogue sur les eaux obscures de Labuan Bajo.

Dans le silence de l’aurore, le capitaine largue les amarres. Sur le pont, dix corps emmaillotés de sommeil gisent lassement. Quelques yeux de crocodiles s’entrouvrent puis se referment. Le décrochage du quai n’est qu’un faux départ à la journée. La palanquée perpétue son état de somnolence, bercée à présent par la faible houle qui balance le bateau.

Le soleil monte dans le ciel et les zombies se lèvent un à un. Certains se recouchent. D’autres s’étirent, baillent, s’ébrouent. L’atmosphère colonie de vacances qui n’avaient pas pris lors de la soirée rythme un réveil ralenti par la flemmardise des estivants.

Je m’extirpe de mon sac à viande et me traîne de ma couche non matelassée à l’étage du petit déjeuner. La perfusion de caféine opère comme un électrochoc. La dose n’a pas atteint le système nerveux que je sors déjà de ma torpeur. J’absorbe ma quatrième tasse devant le paysage qui défile, succession d’îles caressées par la brise et réchauffées par les rayons UV.

La première escale est sans doute la plus attendue. Nous jetons l’ancre au large de Rinca, l’une des quatre îles qui abritent les varans de Komodo. Sur les quelque trois-mille spécimens, la très large majorité lézarde sur Rinca (environ 1,100 individus) et Komodo (environ 1,400 individus). Gili Motang, Gili Dasami et Flores abritent les quelques centaines d’oras restants (c’est ainsi que les habitants nomment le dragon).

Ces redoutables reptiles ont survécu à l’ère Tertiaire, à l’âge du bronze, à l’entrée dans l’Histoire, à l’invasion des colons européens et des marchands arabes, à l’invention de la télévision et du canon à pompe, au tortures du régime de Suharto, au bug de l’an 2000, et rien ne semble plus menacer leur existence depuis que leurs zones d’habitat ont été décrétées réserves naturelles et leur statut élevé au rang d’espèce protégée.

La visite se déroule sous haute surveillance. Trois gardiens nous escortent à travers les bois, armés de bâtons et de courage. Les accidents sont rares mais nos trois protecteurs se sont déjà fait mordre. Une morsure aux conséquences mortelles si l’antidote n’est pas administré dans les premières heures. Les dents des varans transfèrent à la victime plus de 200 bactéries qui tuent un buffle d’eau adultes en une à deux semaines. Le dragon patiente alors que sa pitance succombe à son diabolique cocktail. Pour les chèvres, nul besoin d’attendre. Les varans les gobent entières, parfois vivantes. La chair humaine ne gagne apparemment pas leurs faveurs mais un touriste suisse égaré n’a pas survécu à leur appétit féroce, il y a quelques années. L’histoire raconte que seul un morceau de vêtement aurait été récupéré. Quelques clichés Canon vieillissent donc peut-être dans l’estomac d’un de ces lézards préhistoriques. A moins que cela ne soit qu’une légende pour faire peur aux enfants. Qui sait ? Dans le doute, nous avons entrepris notre escapade sur Rinca de manière très prudente.

A notre arrivée sur l’île, nous sommes accueillis par quelques dragons adultes qui se prélassent aux alentours des cuisines et des cabanes où logent les gardiens. Une demi-douzaine d’individus se laisse numériser en mode mitraillette, feignant la plus totale indifférence pour les paparazzis. Aucune crainte ne transparait dans leur regard vitreux. L’un de nos héroïques gardes forestiers me glissera à l’oreille que les varans peuvent tuer les hommes mais que les hommes ne peuvent pas tuer les varans. L’interdiction est formelle. Les sanctions importantes. Nous sommes ici chez eux. Nous devons les respecter et vivre avec ce déséquilibre de pouvoir.

Après une très agréable promenade dans les hauteurs, où nous prenons notre unique photo de groupe et contemplons la mer ponctuée de cailloux de toutes tailles, nous redescendons vers le camp des rangers. C’est au tour des petits de rayonner autour de nous. Contrairement à leurs aînés, ils ne restent pas longtemps à paresser sur le plancher des buffles de peur de servir de déjeuner à leurs parents. Car oui, le dragon de Komodo est varanophage. Les plus jeunes, moins lourds, se réfugient dans les arbres jusqu’au jour où ils deviennent suffisamment forts pour se défendre et trop massifs pour jouer aux acrobranches.

Nous quittons cet écosystème surprenant où cohabitent des hommes avec Smartphones, des varans d’un autre temps, des buffles d’eau, des colonies de singes, des cerfs de Java, des chevaux, des sangliers, quantités d’oiseaux et des crabes à une pince par milliers.

Nous remontons sur notre bateau, impatients de poursuivre notre route et son lot d’aventures. Le capitaine nous emmène vers un translucide spot de snorkeling où nous enfilons masque et tuba à la découverte d’un monde marin fascinant.

La première journée de traversée se referme sur un excellent repas préparé par notre sympathique équipe de Perama.

Le soir, nous nous endormons des étoiles dans les yeux et rejoignons Morphée pendant que notre embarcation glisse sur l’eau au large de l’île de Sumbawa.

Au programme du second jour : quelques acrobaties dans une chute d’eau sur l’île de Moyo et du snorkeling aux abords d’un îlot sans nom !

Et puis beaucoup de moment de pâmoison ! Sur le pont, à tribord, à bâbord, de tous bords. On se laisse porter. L’après-midi s’écoule paisiblement au fil de l’eau et finit par s’éclipser pour laisser place à l’apothéose de la croisière : le coucher de soleil sur le Rinjani, l’autoritaire volcan de Lombok qui culmine plus de trois-mille sept-cents mètres au-dessus de nous.

A mesure que le Grand Astre descend se cacher plus à l’Ouest, les passagers affluent religieusement vers la proue du bateau. En silence, tous écarquillent les yeux et s’extasient face aux époustouflantes variations de couleurs dans les cieux.

On chuchote. On se tait. On s’imprègne.

Comment ralentir le temps ?

Doit-on vraiment accoster ?

Trop tard. Le rideau tombe.

Nous embarquons à bord d’un minibus qui traverse Lombok en quelques heures. On somnole jusqu’à notre arrivée tardive à Senguigui, d’où l’on ralliera Bali le lendemain.

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