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La Paz

Posted by on 2 février 2013

Malgré les réticences de votre conjoint, et de vos enfants, et malgré l’amoncellement de breloques et bibelots que vous avez amassés chez vous ces dernières années, vous passez le plus clair de vos vacances à chiner dans les souks et médinas.

Aux sports d’hiver, vous aimez remonter les pistes à pied pour éviter les télésièges.

Quelque peu funambule, vous affectionnez la sensation de marche sur des trottoirs aussi larges qu’une poutre de gymnastique.

Afin d’assouvir votre soif d’adrénaline, vous passez à Francorchamps le dernier weekend d’août et traversez en courant le circuit en plein Grand-Prix.

Blasé de respirer le très snob sans plomb 98, vous êtes désireux de vous faire plomber par une bien moins inodore effluve de 85 octanes.

La simple évocation de l’altitude 100 et la Baraque de Fraiture vous fait ricaner car saoul d’oxygène, vous souhaitez gaver votre sang de globules rouges au contact des 4000 mètres.

Vous allez adorer La Paz !

La capitale bolivienne est née au milieu du 16ème siècle dans une gorge accidentée au fond de laquelle coulait le Rio Choqueyapu.

Ciezo de Leon, un historien espagnol écrivait à son sujet : « C’est un endroit agréable, où il fait bon vivre. Le climat est doux et la vue des montagnes incite à penser à Dieu. »

Mais l’embryon de ville a beaucoup grandi. Le vorace bébé, étranglé par les falaises alentours a depuis longtemps débordé du berceau originel que constituait le paisible canyon de son enfance.

Cela fait plus de trois heures que nous avons quitté Copacabana. Les bords de route dégagés qu’interrompaient de si distants pueblos laissent soudain la place à une succession d’habitations et de projets en construction. Nous pensons pénétrer dans la Ciudad de Nuestra Señora de La Paz par l’une des phalanges de l’ogre. Pas du tout ! Nous voilà à El Alto. Un panneau annonce fièrement : « El Alto ne fait pas partie du problème bolivien. Il fait partie de la solution bolivienne. » Souvent considérée comme la capitale mondiale des Aymaras, la cité tentaculaire de 650.000 habitants qui domine La Paz affiche un taux de croissance annuelle de 5 à 6% et entend bien se démarquer de sa grande sœur à l’allure plus capitale. Nous sommes surpris par l’ampleur et le nombre de chantiers en cours. Notre Pullman erronément labellé 5 étoiles slalome maladroitement dans une circulation dense que pourra, espérons-le, considérablement fluidifier les larges rues transversales que nous croisons dont certaines, encore vides de trafic, arborent un asphaltage visiblement très récent. Est-ce un projet urbanistique savamment pensé et inscrit dans la durée ou faisons-nous face à une nouvelle urbanisation erratique et frénétique que cadrent pour l’instant quelques réglementations naïves qui seront bientôt balayées d’un revers de la main ? L’avenir nous le dira. Le présent peut sans doute déjà le prédire mais la littérature nous manque à ce sujet pour statuer ou ne fut-ce qu’émettre un avis.

El Alto dans le dos, on plonge le regard en contrebas, restant bouche bée devant le spectacle qui se dessine à notre droite. La Paz, avant même le premier pas, coupe le souffle. Le chauffeur de bus nous dépose finalement à quelques cuadras de la Plaza San Francisco, aux abords de laquelle nous nous installons dans un très agréable tea-room avant d’entamer la fatigante et aléatoire quête d’un hostal pour la nuit.

Au premier coup d’œil, la carte élargie de La Paz peut donner le vertige. Les seize kilomètres carrés qui entourent le quartier central de Belen apparaissent sur le plan comme un inextricable labyrinthe. En laissant libre cours à son imagination, certaines rues forment un pachyderme dans le barrio Norte, un toucan pointe le nord au sud de Bello Horizonte, une lyre stylisée donne le rythme à Villa Victoria, une main articulée semble vouloir attraper le quartier Los Andes, une navette spatiale vient d’atterrir entre Miraflores et Santa Barbara et Ali Baba s’enfuit de Villa Pabon.

Antithèse parfaite des villes américaines traditionnelles, La Paz ne présente que de rares exceptions à la règle de non quadrillage des rues. Et pourtant, si la ville s’apparente à un casse-tête d’orientation insoluble sur plan, la réalité physique s’avère bien différente. Vu que le Prado, l’artère centrale est en tous points le fond de la gorge, descendre revient à revenir sur le Prado, monter à s’en éloigner.

Nous logeons sur Murillo, dans un hostal qui avait déjà hébergé quatre mousquetaires il y a plus de 8 ans. Dans toutes les voies adjacentes, les automobilistes et conducteurs en tout genre défient les lois de la gravitation universelle dans des rues aux pentes alpestres. Du coup, on gravit plus qu’on ne monte, on dévale plus qu’on ne descend. Nos deux jours à La Paz s’écoulent au gré des ascensions, au fil du lèche-vitrines dans les magasins d’artisanat, et au rythme nonchalant imprimé par les Pacéniens.

Le matin du troisième jour, il pleut dru et certaines rues se transforment en torrent. La visite de Tiwanaku est compromise. Je file tout de même à la poste pour envoyer un colis qui déchargera nos sacs de 7 kilos. On prend un petit-déjeuner tardif, laissant le temps au soleil de régler ses problèmes avec les nuages.

Avec deux heures de retard, on remonte vers le cimetière de La Paz pour prendre un minibus  pour Tiwanaku, à deux heures de la capitale.

« On sait peu de choses sur le peuple qui édifia le grand centre cérémoniel de Tiwanaku, sur la rive sud du lac Titicaca, il y a plus de 1.000 ans. Les archéologues s’accordent néanmoins pour dater l’apparition de cette civilisation vers 600 avant Jésus Christ. Le site fut construit vers 700, puis, aux alentours de 1200, cette société semble avoir disparu pour devenir une autre civilisation « perdue ». On a découvert des traces de son influence, religieuse notamment, dans toute la région qui devint plus tard le vaste Empire inca.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les trésors de Tiwanaku ont été littéralement dispersés aux quatre coins du globe. L’or fut pilé par les Espagnols, des pierres et des poteries primitives furent brisées par des fanatiques religieux qui les considéraient comme des idoles païennes. Certaines œuvres prirent le chemin des musées européens, d’autres furent détruites par les paysans alors qu’ils retournaient le sol. L’Eglise conserva certaines statues ou les vendit comme curiosités. Les plus gros blocs de pierre servirent à bâtir des édifices coloniaux, voire à stabiliser le terre-plein de la ligne ferroviaire La Paz-Guaqui, qui passe juste au sud du site. » (Lonely Planet)

 

 

 

 

 

 

 

Voilà sans doute pourquoi le plus important site archéologique bolivien est très loin d’attirer les foules qui se pressent au Machu Picchu, à Tikkal, à Petra, à Angkor ou ailleurs. Au Machu Picchu, on ne distingue presque rien du site avant de passer l’entrée car cette dernière le cache quasi parfaitement. A Tiwanaku, si l’on ne voit presque rien avant le cabanon qui sert de portique d’entrée, c’est qu’il n’y a pas grand chose à voir !

« S’il n’est pas certain que Tiwanaku fut la capitale d’une nation, elle fut sans aucun doute un grand centre cérémoniel. A son apogée, la cité comptait 20.000 habitants et s’étendait sur environ 2,6 km2. Bien que seule une toute petite partie du site original ait été fouillée, on peut affirmer que Tiwanaku constitue la plus grande réalisation architecturale mégalithique de l’Amérique du Sud préinca. » (Lonely Planet)

A ce titre, Tiwanaku mérite largement le déplacement. Ce qu’on ne peut plus voir, à nous de l’imaginer. Le musée du site et un peu de documentation externe aident à se représenter ce que fut cette civilisation de « baba cool » friands de spiritualité et de plantes hallucinogènes. Mais ne vous attendez pas à beaucoup d’explications écrites sur place. Le ministère de la culture et du tourisme bolivien a encore pas mal de progrès à faire pour mettre en valeur leur méconnu et pourtant si précieux patrimoine.

La route qui nous ramène à La Paz est magnifique. La Cordillera Real qui nous suit depuis la Isla del Sol nous fait un dernier clin d’œil avant de s’enfouir dans la pénombre de ses nuits glaciales. On traverse à nouveau El Alto, eldorado bolivien ou étoile filante ?, l’histoire nous le dira. Quoi qu’il en soit, notre minibus ne s’arrête pas à ces considérations et file élégamment, frôlant inlassablement les carrosseries et rétroviseurs des autres véhicules. A la sortie d’El Alto, la capitale bolivienne nous apparaît une fois de plus en contrebas. La Paz nous offre à nouveau son plus époustouflant visage, celui d’une ville qui a dévoré la gorge dans laquelle elle est née.

 

 

One Response to La Paz

  1. Guapi

    Génial de lire vos aventures!!! Merci de me refaire rêver de ces voyages lointains, de ces vues de DINGUES à couper le souffle (c’est le cas de le dire… pour le coup, on le sent passer)!!!
    Prenez soin de vous et éclatez vous surtout !!!!!! bisous

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