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Mie Cornoedus

Carnet d’amis

Nom : Cornoedus

Prénom : Mie

Âge : 51 ans

Signe astrologique : Bélier

Signe chinois : Tigre

Ville d’origine : Genk (Limburg)

Ville actuelle : Yogyakarta, Java, Indonésie

Film préféré : Bagdad Café

Musique préférée : Frank Zappa et le Jazz.

Plat préféré : La cuisine indienne.

Personne de référence : Annie Leibovitz (photographer) and Susan Sontag (writer, film maker, activist).

Profession : Graphic designer et photographe.

Date de l’expatriation : Juin 1995.

Belgian blues : La famille et les amis. Les chicons aussi. Le sentiment de liberté sur une terrasse en été en Belgique.

Atout belge : L’humour, en particulier le second degré et l’humour noir. L’absence de sentiment nationaliste belge. La discrétion des Belges qui les distinguent des Hollandais ou des Français.

Elle aime regarder une très belle œuvre d’art.

Elle n’aime pas l’étroitesse d’esprit et les injustices.

Son parcours

En quittant Ayacucho, nous savions que la visite du ViaVia de Yogyakarta éveillerait en nous beaucoup d’intérêt. Nous avions été impressionnés par Pauline qui avait hissé son projet à bout de bras à travers les routes sinueuses de l’administration andine et par delà les cols rigides d’entrepreneurs peu scrupuleux. En écoutant notre itinéraire, elle nous avait vivement recommandé de rencontrer Mie, la gérante du premier ViaVia ouvert hors de Belgique.

Avant même d’arriver à Yogyakarta, nous sommes très enthousiasmés à la lecture de leur site internet. Nous apprendrons que Mie, graphic designer et photographe, est la créatrice du logo et du site. Quoi de mieux pour mettre en valeur un si beau projet !

L’excellente impression se confirme en entrant pour la première fois au ViaVia. Les murs sont couverts d’œuvres d’art modernes et décalées. L’ambiance est décontractée. Les tables, prises ! Heureusement, une charmante serveuse nous indique que l’on peut s’installer à l’étage. La salle est encore vide. Pas pour longtemps. Moins d’un quart d’heure plus tard, toutes les chaises sont occupées. Quel succès !

Nous prenons rendez-vous avec Mie le lendemain. Dans son discours empreint de modestie, on ressent comme de l’étonnement à l’évocation du chemin parcouru.

Après des études à la Sociaal Hogeschool d’Heverlee, Mie vit dix ans à Bruxelles. Elle y met sur pied une organisation de logements sociaux avec l’aide d’un autre organisme. L’association achète des maisons, les rénove à bas prix mais avec des matériaux de qualité. Mie se charge du lobby auprès des gouvernements, cherche des sponsors privés et le projet prend forme. De Boei est créé (pour plus d’infos, cliquez ici). En parallèle, elle donne des formations à des adultes proches du décrochage social. Pour de multiples raisons, certaines personnes peuvent soudainement se retrouver borderline. Mie leur offre de suivre des modules de réinsertion professionnelle qui leur permettront de ne pas perdre pied complètement.

Par ailleurs, Mie occupe une partie de son temps en tant que trainer volontaire pour Joker, l’agence de voyages flamande fondée par Bob Elsen. A l’époque, un petit groupe d’amis dont Mie fait partie est appelé par Bob Elsen pour créer un nouveau concept de café de voyageurs. L’idée de départ est d’ouvrir des établissements en Belgique pour sensibiliser les gens à voyager d’une nouvelle manière, d’une façon plus responsable. La démarche n’a aucune volonté moralisatrice mais se veut les premiers pas d’un processus de réflexion qui doit conduire les visiteurs à comprendre les empreintes qu’ils laissent sur leur passage. A ce titre, les cafés en Belgique doivent être un lieu de rencontre et d’ouverture d’esprit où les idées se confrontent et se transforment en opinions. Les voyageurs sont invités à présenter leur périple à l’audience. On y écoute de la musique du monde. On se désaltère à la lecture de livres sur les principes et les moyens d’application du « Sustainable Tourism ». (Pour plus d’infos sur les règles et définitions du tourisme responsable, cliquez ici)

Le concept est énoncé. Il faut trouver un premier emplacement. Ce sera à Leuven. Durant la phase de mise en place du projet, une question a immédiatement été soulevée : de tels cafés atteignent-ils pleinement leurs objectifs si des lieux similaires ne sont pas créés à l’étranger ?

Mie y répond par la négative ! Le lendemain même de l’ouverture à Leuven, elle s’envole pour Yogyakarta. L’ancienne capitale du Sultanat éponyme n’a pas été choisie par hasard. En 1995, l’Indonésie est déjà une destination touristique de premier rang. Yogyakarta, et ses alentours proches (Borobudur, Prambanan, Merapi, …), ont beaucoup à offrir et constituent une étape quasi-incontournable entre Jakarta et Bali.

Le 18 décembre 1995, six mois après Leuven, le ViaVia de Yogyakarta ouvre ses portes et dresse ses huit tables. Evidemment, le concept diffère grandement de l’antenne brabançonne. Ici, le projet consiste à jouer le rôle de facilitateur entre les initiatives locales et les touristes du monde entier. Le ViaVia se veut le point focal de la rencontre entre les touristes et les habitants de Yogyakarta.

La première rencontre est visuelle. Des peintures et autres œuvres d’artistes de la région sont exposées dans le restaurant. Le vœu de Mie est de permettre aux Javanais de créer ce qu’ils ont envie, le fruit de leur imagination. Beaucoup de touristes occidentaux s’attendent à ce que l’art en Asie soit conforme à une certaine tradition et s’étonnent, voire s’insurgent devant l’expression d’un art plus moderne, le qualifiant de non authentique et d’occidentalisé. La vision prônée par le ViaVia est toute autre. Selon celle-ci, il est rétrograde de penser que les Balinais doivent produire des miniatures, les Javanais des marionnettes, les Japonais des estampes, les Chinois des calligraphies, les Anglais des natures mortes, les Hollandais des Rembrandt. L’artiste doit suivre son intuition, créer selon ses convictions. C’est pourquoi depuis ses débuts, le ViaVia offre ses murs aux créations contemporaines. Près de vingt ans après son ouverture, le ViaVia a édité un livre qui retrace les œuvres locales qui ont décoré les lieux durant les deux dernières décennies.

Mais si l’art est la passion de Mie, les activités du ViaVia s’étendent bien au-delà. Une cinquantaine d’employés travaillent pour l’enseigne qui fait vivre plusieurs centaines de personnes. Du coup, lorsque le tremblement de terre de 2006 fait s’effondrer la moitié des murs de la ville, les employés du ViaVia, qui ont pourtant perdu des proches et leur maison, accourent au restaurant pour reconstruire et s’assurer que leur établissement rouvre au plus vite. Par la suite, ViaVia aidera le personnel à restaurer leurs habitations, dans la mesure du possible. Le ViaVia, plus qu’un employeur, une grande famille !

Au restaurant, si l’on y trouve de la viande, la carte fait la part belle aux plats végétariens. Les ingrédients sont méticuleusement choisis parmi la production locale. Le menu est composé avec le personnel, qui identifie ce que les clients préfèrent. Pendant une quinzaine d’années, le restaurant a fonctionné sans chef en cuisine mais le succès grandissant et le développement de nouvelles activités ont poussé Mie à engager un chef javanais en 2011. Au moment de notre visite, la boulangerie venait d’ouvrir ses mais la création d’une boulangerie propre annonce une période de nouveaux développements, avec la production d’une plus grande variété de pains et pâtisseries.

La guesthouse du ViaVia, dans une rue transversale, est une entité distincte, créée sous la forme d’une entreprise sociale. Des femmes en difficulté sont prises en charge et initiées aux tâches de gestion d’un hébergement touristique. Les décisions relatives à la guesthouse sont prises en assemblée suite à une discussion collective. Il s’agit ici d’une des nombreuses techniques d’empowerment (renforcement des capacités d’agir) utilisées par Mie dans ses différentes divisions. A chaque contexte, sa meilleure pratique. La guesthouse est donc gérée par un groupe de femmes en « bonnes mères de famille ».

Le magasin fair-trade attenant au restaurant aura vu passer pas mal de nos roupies. Mais nous sommes très heureux d’avoir transformé nos coupures en souvenirs personnels et en merveilleux cadeaux pour nos sœurs, filleuls et neveux. Nous pensions acheter beaucoup d’artisanat en Indonésie. Nous n’aurons finalement fait d’emplettes qu’au ViaVia de Yogyakarta. Le magasin vend des produits artisanaux à base principalement de matériaux recyclés. Des artisans locaux alimentent les rayonnages. Contrairement aux Européens, les Indonésiens ont depuis longtemps développés des connaissances et des talents dans la réutilisation d’éléments usagés. L’effet de mode qui débute chez nous est déjà bien intégré dans la société indonésienne. Les bouteilles en plastique, les pneus en caoutchouc, les cannettes métalliques ressuscitent sous d’autres formes. Dans la guesthouse du ViaVia, les femmes ont utilisé les pots de peinture qui ont servi à colorer les murs pour fabriquer des abat-jours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, l’agence de voyage conclut le tour d’horizon des divisions de ViaVia. Sa démarche rejoint les idéaux de départ du concept : visiter dans la durée et le respect. Articulé autour des principes de « sustainable tourism », le crédo des tours et activités organisées par le ViaVia pourraient se résumer à « marque ton empreinte dans le cœur des gens, pas dans leur figure ».

Beaucoup de touristes sensibilisés à ce qui les entoure se retrouvent en grand dilemme face à leurs propres envies de découverte. Comment voyager sans polluer ? Les bus locaux, qui circulent avec ou sans vous, ne répondent que partiellement à cette question. Comment s’asseoir ostensiblement sur une terrasse qui ne sera jamais accessible à certaines populations locales ? Puis-je photographier ce visage ? Visiter toute une région en une journée en tour organisé ou juste une temple à pied ? Offrir l’objectif de ma caméra comme seul sourire ou offrir ma dentition à sa mémoire ? Les formules de tours proposés par ViaVia ne peuvent éluder toutes ces questions mais donnent une atmosphère pour les énoncer, tout en permettant des expériences plus authentiques. Ce que l’on cherche tous finalement, n’est-ce pas ?

En tous cas, le ViaVia de Yogyakarta a obtenu ses premières lettres de noblesse dans le domaine en tant que finaliste du Wild Asia Responsible Tourism Awards, un prestigieux titre qui démontre l’ampleur du travail réalisé par Mie et ses équipes en terme de tourisme responsable. Nous ne pouvons que saluer leur travail et les féliciter pour cette reconnaissance internationale. Pour plus d’infos à ce sujet, cliquez ici.

Nous aurions pu aisément passé tout l’après-midi en compagnie de Mie et Ingvild, à discuter du support de ViaVia aux enfants des rues, des difficiles interactions avec la mafia locale, de la volonté d’engager des employés pour leurs opinions plus que pour leurs compétences, des immenses possibilités créatrices en Indonésie, des régulations contraignantes et castratrices en Belgique, de l’acceptation des homosexuels, de l’introduction récente d’un self-assessment pour le personnel, de la création d’autres ViaVia à travers le monde, du pouvoir onirique d’une œuvre d’art, mais nous avions tous d’autres obligations. Mie avait un rendez-vous dans le cadre de ses activités de graphiste et designer. Nous avions rendez-vous avec le magasin du ViaVia. Nous l’avons dévalisé!

Pour plus d’infos sur le ViaVia de Yogyakarta, consultez leur site www.viaviajogja.com



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